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ZikSpotting : Portraits Sauvages

Anouk Aiata

Anouk, elle est d’ici, elle est d’ailleurs, elle est d’hier et aujourd’hui. Sur les bords du Tage, c’est une fadista de noir vêtue. Près du Guadalquivir, une reine de flamenco en robe sévillane. A la Nouvelle-Orléans, on l’appelle “white lady sings the blues”, et dans le Paris de Doisneau “le pinson des faubourgs”. Mais au fond, qu’importe la source, le style, le look, l’époque : l’essentiel pour elle, c’est chanter. Enchanter même. Née sur les bords de Marne dans les années 80, Anouk est en maternelle quand : “en reprenant dans la classe Stewball (célèbre traditionnel américain adapté par Hugues Aufray) je me suis mise soudain à pleurer tellement je ressentais les paroles et la musique.

C’est là que j’ai découvert le pouvoir de l’émotion à travers une chanson.” Viennent ensuite ces années de formation informelle où sa sensibilité éponge ce qui la touche : Barbara, Ella Fitzgerald, Dalida, cette tragédienne mal comprise. Puis vient tout ce qui chaloupe, ou fait chalouper, Harry Belafonte et le calypso, les vieux disques de reggae… Sa rencontre avec Amos Mâh, également auteur, compositeur, violoncelliste issu du conservatoire, diplômé en musicologie, amateur à la fois de musique contemporaine, de musique tzigane et klezmer, l’amène à élargir encore son horizon. Elle permet à ce faisceau d’influences de trouver sa cohérence. Dès lors, c’est avec lui qu’elle se lance dans une aventure en se donnant une règle, une seule : “pas de règle ! Juste arriver à faire quelque chose que l’on aime.”

“Ce quelque chose”, Anouk et Amos l’ont ficelé dans la dizaine de chansons qui composent un premier album haut en couleurs et riche en arômes où s’épanouit cette voix qui respire la joie de vivre, porte avec la même grâce le rêve et la mélancolie. L’un après l’autre, les morceaux font leur entrée dans un décor qui leur est propre. Aux branches de L’Arbre à Plumes s’accrochent des notes d’une guitare qui peu à peu tisse une ambiance de lamento latin entre tango et fado. Au son du banjo, au petit trot, Lady Western nous promène dans les rues d’une Dodge City de bande dessinée où l’on s’explique à coup de revolver dans l’esprit bon enfant des Dalton de Joe Dassin. Avec Errer, on pénètre dans le cercle du jazz manouche et dans la vie d’un clandestin conscient d’avoir à franchir les frontières sans espoir de pouvoir un jour se poser quelque part.

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